La ferme de Charles Monville

UNE FERME EXEMPLAIRE


Bon nombre de nos lecteurs connaissent déjà la ferme de Charles Monville avec ses poulets et ses œufs bio, installée à Bièvres sur le bord du Plateau (Favreuse) à côté de la pépinière Allavoine et des Ecuries de Favreuse.

Certains ont lu également le très intéressant livre « Terres Précieuses » de M. Debiesse[1] consacré à l’agriculture du Plateau, dont l’itinéraire de Charles Monville constitue le premier chapitre.

C’est pourquoi nous ne reprendrons pas ces éléments ici. L’exemplarité de la Ferme de Charles réside dans l’association d’une qualité de ses volailles pour leur goût avec une qualité environnementale maximale élaborée dans un projet global. Une telle exploitation montre que les deux peuvent se retrouver dans une exploitation de plus économiquement viable, et intégrant la notion du bien-être animal tout au long de son élevage et jusqu’à l’abattage.

Dans ce dossier ouvert aux nouvelles formes d’agriculture, les plus abouties, non seulement en bio mais qui se préoccupent en plus de ne produire qu’une faible empreinte écologique, il nous a semblé particulièrement approprié de faire connaître le projet global dans lequel Charles Monville a conçu son exploitation, un projet illustrant ce que l’on souhaite pour l’élevage de demain.

Charles par ses choix personnels a défini professionnellement ses priorités :

  • produire un poulet ayant un goût, une saveur la meilleure possible.

Ceci ne peut être obtenu que par un allongement de la durée d’élevage à plus de 100 jours, soit un mois de plus que les poulets label vendus habituellement (même en agriculture bio, le minimum requis n’est fixé qu’à 81 jours). Comme l’alimentation durant ce mois supplémentaire génère un coût de 59 % en sus pour chaque poulet, pour maintenir un coût compétitif (entre 11 €/kg) Charles a ensuite choisi de vendre sans intermédiaire (Vente à la ferme et amap[2]).

  • Installer un équilibre environnemental d’une production de poulets au plus proche du cycle naturel.

Ainsi les espaces extérieurs enherbés sont le double de ce qu’exige le cahier des charges AB[3]. Non seulement ceci permet aux volailles de se déplacer donc de se muscler donc de faire de la chair savoureuse, mais en plus en alternant les espaces de laisser un vide sanitaire sur ces espaces deux fois plus long assurant ainsi l’absence de parasite sans avoir pour autant à utiliser de produits pour les neutraliser.

De ces priorités découlent d’autres orientations écologiques importantes à commencer par les choix les plus importants effectués pour l’alimentation des volailles.

  • L’alimentation :

Même en AB, il est possible d’avoir 5% de non bio, ce qui est souvent utilisé par des éleveurs pour mettre soit du soja non bio (le soja bio est très couteux) soit des huiles végétales qui accroissent la rentabilité mais nuisent à la qualité gustative du produit. Charles a choisi de supprimer ceci. Il est à 99,3 % de bio pour le poulet et 97% pour les pondeuses (le reste est incompressible puisqu’il s’agit d’appliquer les dernières règlementations[4]).

 Pour cela le choix de Charles a été de fabriquer lui-même le mélange nécessaire à une bonne croissance de ses volailles. Toujours dans la même logique il s’approvisionne en grains bio au plus près de chez lui (75 % vient du Plateau de Saclay et de la Plaine de Versailles), les 25 % restants viennent de Rennes (car il n’y a pas de production locale).

  • Les lieux de vente :

Entre la vente à la ferme et les Amap voisines, 78 % de la production est vendue sur le Plateau de Saclay. Les transports de vente sont donc réduits, ne générant que peu de GES.

  • L’abattage :

Dans une optique d’arriver à une qualité sanitaire irréprochable, en même temps que de réduire ses frais de transport (et donc les GES[5] émis par ceux-ci) Charles a investi dans un abattoir à la ferme. Celle-ci lui permet également d’exécuter une gestion de déchets la plus écologique possible.

  • La gestion des déchets :

Les pailles et fientes font le circuit inverse des grains bio et vont servir d’engrais bio pour des cultures chez l’agriculteur bio du Plateau les fournissant (ferme Vandame à Villiers-le-Bacle).

Les plumes servent de paillage pour le potager de la ferme de Charles Monville.

Les restes de l’abattage partent à l’équarrissage (100 kgs tous les 15 jours).

  • La gestion écologique des parcours :

Pour les volailles il faut des zones d’ombre, donc plantations d’arbres et de haies ont été effectuées.

Mais également il faut tondre l’herbe que les volailles ne mangent pas, Charles a donc acheté des agneaux devenus bien costauds aujourd’hui aussi efficaces qu’une tondeuse mais bien plus en complément de ressources.

  • Les sources d’énergie :
  1. Electricité : Le hangar de la ferme est entièrement équipé de panneaux photovoltaïques. L’exploitation est quasiment en autonomie totale, produisant autant d’électricité qu’elle n’en consomme, même en incluant la consommation de la maison d’habitation.
  2. Bois : acheté sur le plateau à une autre exploitation agricole, il assure le chauffage de la maison par un poêle à buches.
  3. Gaz : Il est indispensable pour assurer la température des poussins pendant leurs 3 premières semaines de vie.
  4. Eau : Une cuve de 10 m3 récupérant l’eau de pluie permet le nettoyage de l’élevage (Mangeoires, abreuvoirs, caisses des volailles) ainsi que l’arrosage du potager avec les haies et les arbres.

[1] Terres Précieuses, Martine Debiesse, http://terresprecieuses.jimdo.com/commander/

[2] [2] Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne. Les amap rassemblent des personnes s’engageant auprès d’agriculteurs bio par un pré-achat de leur production, leur assurant ainsi un revenu de base.

[3] AB label Agriculture Biologique

[4] Depuis « la vache folle » il est interdit d’apporter des protéines animales aux volailles, or celles-ci sont des omnivores, et en ont besoin. Elles seraient carencées s’il n’y avait pas cet apport désormais artificiel. C’est regrettable car il suffirait de pouvoir utiliser des restes de boucherie indemnes de tout risque de contamination pour apporter aux volailles un 100% bio.

[5] GES : Gaz à Effet de Serre. Ces gaz contribuent au réchauffement de l’atmosphère. Les gaz d’échappement y contribuent ainsi que toute la filière de production d’essence ou de diésel.

 

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