Plateau de Saclay, quels enjeux ?

Plateau de Saclay, quels enjeux ?

 

 

La loi Grand Paris a prévu la création d’un pôle scientifique et technologique sur le Plateau de Saclay. L’Etablissement Public Paris-Saclay a traduit cet objectif par la création d’un cluster à visée internationale résultant notamment du déménagement de la faculté d’Orsay, Paris XI et de 7 établissements d’enseignement supérieur et de recherche.

 

A quel prix ?

 

Des terres agricoles les plus fertiles d’Ile de France sacrifiées :

Actuellement 2700 hectares cultivés, 1000 hectares disparus depuis 1982, 2300 devraient être préservés alors que l’Etablissement Public Paris Saclay prévoit des transferts massifs de chercheurs et d’étudiants et que plus de 240 000 logements seraient construits sur les communes autour menaçant encore plus l’agriculture périurbaine!

Pourquoi mettre en péril la viabilité économique d’une agriculture très dynamique, et réduire les possibilités de développer l’agriculture dont l’Ile de France aura besoin demain ? Combien de temps les 2300 hectares seront-ils préservés?

 

Une mise au pas de la recherche par la réorganisation du potentiel de recherche public autour des priorités des grands groupes industriels, l’hyperconcentration au détriment des autres régions, la mise en concurrence des chercheurs par la logique des pôles d’excellence, et au final pas de moyens supplémentaires pour la recherche, mais des réductions sous couvert de mutualisation d’autant que les financements sont engloutis dans les déménagements, et des constructions en PPP (partenariats public privé – voir expérience de l’hôpital d’Evry).

 

Un déplacement d’emplois imposé et générateur de nuisances pour les salariés, malgré l’opposition des personnels :

– opposition des chercheurs de la faculté d’Orsay à l’’éloignement de  la fac d’Orsay du RER pour l’implanter à 2 kms sur le plateau

–  opposition des salariés d’AgroParisTech de Plaisir-Grignon : le comble de l’absurdité : les chercheurs INRA devraient quitter des locaux neuf livrés en 2002 et 2009 pour s’installer à Saclay, alors qu’en même temps des terres agricoles de l’INRA du Moulon à Gif seront urbanisées par le projet de campus, obligeant les chercheurs à retrouver des champs d’expérimentation à plusieurs kilomètres de leurs laboratoires actuels)

–  opposition des personnels du centre de recherche EDF de Clamart dont les salariés attendaient le tram depuis 15 ans et qui, au moment où le tram va enfin arriver à Clamart, vont être déplacés sur le Plateau de Saclay à 15 km …

 

 

Un manque total de démocratie : un débat public tronqué sur les transports et pas de débat public sur le projet de pôle scientifique et technologique, sa pertinence, son opportunité…

 

La dépossession d’un territoire désormais annexé par Paris sous l’intitulé Paris- Saclay, là où les habitants parlent des Pays de Saclay…

 

A terme des déplacements inutiles d’emplois, des salariés loin de leur domicile, une agriculture fragilisée, au détriment de l’alimentation future des Franciliens, uniquement pour le bénéfice des promoteurs immobiliers et des grands groupes de construction …

 

Que trouve-t-on sur le plateau de Saclay ?

 

 

 

 

Des terres très fertiles grâce à une nature du sol particulière conservant l’humidité à l’humus ayant permis même pendant la sécheresse de 2003 de ne pas y arroser le maïs.

 

Un patrimoine historique,  les rigoles, astucieux système de drainage datant de Louis XIV qui a rendu les terres cultivables.

 

Une agriculture dynamique en pleine reconversion depuis 2000-2005

Une nouvelle génération d’agriculteurs/trices reprend les exploitations traditionnelles de leurs parents (céréalières et extensives) et les réoriente vers les circuits courts :

– Une compostière : 70% des déchets verts des zones pavillonnaires voisines sont réutilisés par les agriculteurs du plateau.

– Une exploitation a choisi la cueillette au pré qui attire une importante population de la zone sud de Paris, venant y pique-niquer le dimanche.

– L’amap Les Jardins de Cérès, la plus grosse d’Ile de France avec 300 adhérents/tes.

– Une exploitation céréalière en reconversion vers le bio : 70 ha en cours dans l’une des exploitations.

-Un jeune aviculteur bio installé depuis 3 ans avec une exploitation quasiment passive énergétiquement qui va utiliser les céréales bio produites par la précédente.

– La fourniture de produits bio aux restaurations collectives d’entreprises proches.

 

Des citoyens engagés

En 2005, 1200 citoyens ont créé la SCI Terres Fertiles  pour acheter 20 ha de terres agricoles afin de les soustraire à l’urbanisation.

Très mobilisés, les habitants et associations réunis en collectif ont élaboré un projet alternatif à l’OIN remarqué par les élus locaux « un autre avenir pour les Pays de Saclay ». C’est aussi ce collectif  qui a réclamé dès le début de préserver les terres agricoles au seuil nécessaire à l’équilibre économique de l’agriculture du plateau.

 

 

Cette agriculture périurbaine est soumise à des règlements plus contraignants (bras repliables des engins, heures restreintes de circulation) et à des contraintes économiques plus importantes :il faut un silo et des coûts de stockage pour les céréales vendues à l’extérieur car les routes très saturées amènent les transporteurs à refuser des rotations suffisantes en journée pour évacuer la moisson.

 

Son équilibre économique est d’autant plus fragile que les exploitations agricoles du fait de ces évolutions ont mutualisé leurs engins. Si l’une d’elles disparaît, ou même voit son activité fortement réduite par préemption de ses terres, le risque est grand d’un « effet domino » mettant en difficulté les autres exploitations les unes après les autres.

 

 

Loin d’être un espace vide, délaissé par ses habitants, et en déshérence économique, le Plateau de Saclay est riche de son activité agricole, de son ouverture aux habitants voisins et de sa reconversion vers une économie du futur, fortement marquée par les orientations écologiques qui y font tache d’huile depuis 10 ans.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une vieille obsession ministérielle :

urbaniser les terres agricoles du Plateau de Saclay

 

 

Depuis les années 70 avec Messmer, 84 avec Rocard, ou 2006 avec De Villepin,  le Plateau de Saclay est considéré comme un espace inutilisé et disponible pour recevoir soit des entreprises polluantes (CEPr, CEA) soit une ville nouvelle de 150.000 logements, ou plus récemment avec la loi Grand Paris un immense campus.

C. Blanc écrivait dans son livre « la croissance ou le chaos » (quel titre !) en 2006 : « le meilleur moyen d’éviter le mitage des terres agricoles du plateau, c’est d’anticiper la fin de la vocation agricole de celui-ci ».

 

Le Grand Paris s’inscrit dans la continuité de cette vision de l’agriculture. Sans compter que le projet du campus Paris-Saclay décrit le plateau comme un « espace de desserrement du cœur métropolitain » qu’il va transformer en pôle de rayonnement mondial, une ex ministre ajoutant pour sa part qu’Orsay est un tel désert culturel que l’arrivée de lieux de rencontre, voire d’un théâtre, sur le plateau en réjouira les habitants.

 

Voilà des villages animés considérés comme des déserts, et des terres agricoles périurbaines, parmi les plus fertiles de France, considérées comme un simple lieu de réserve d’expansion de la capitale, une sorte d’arrière-cour sans habitants dont les cabinets ministériels pourraient décider de son existence ou de sa destruction !

 

C’est bien d’une conception urbanistique dépassée, très années 50, que relève la logique du campus Paris-Saclay promu par l’Etablissement Public créé par la loi Grand Paris.  Un paysagiste qui participe à « l’aménagement » du campus a d’ailleurs déclaré vouloir reproduire le campus de Washington réalisé en 1950-60 avec sa grande nouveauté de l’époque des parkway, c’est-à-dire des routes bordées d’arbres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui tant les éléments climatiques et la réduction des Gaz à Effet de Serre  donc la réduction des transports pour les denrées alimentaires, que la disparition annuelle des terres agricoles (un département tous les 7 ans) doivent motiver un arrêt de l’extension des zones urbanisées surtout en Idf, région bien éloignée de son autosuffisance alimentaire alors qu’elle concentre 21 % de la population, et 23 % des actifs sur 2% du territoire national, région de plus en plus prédatrice à l’égard des autres régions françaises puisqu’elle est la plus riche de toutes les régions européennes et la plus dense en population (20.000 habts/km² en petite couronne).

Il est temps de ne plus considérer les terres agricoles comme un espace de desserrement de Paris,tant la situation de la faim dans le monde (un enfant de moins de 10 ans meurt toutes les 5 secondes et 1/7ème de la population mondiale est sous-alimentée)