Conférence de Denhez et Cheissoux à Supelec

 

Frederic DENHEZ, auteur écrivain conférencier, a tenu une conférence à Supelec animée par D Cheissoux (émission CO2 mon amour) le 4 juin 2012. Il a rappelé un certain nombre de données sur ce changement climatique dont nous constatons les effets chaque jour. La conférence était précédée du film de N.Hulot : « Défi pour la terre ».

En voici l’essentiel résumé.

 

Existe-t-il une incertitude sur le réchauffement climatique?

Non il n’y en a pas sur le réchauffement mais sur l’importance de son augmentation.

La température moyenne de la terre est de 15°C.

L’augmentation a été de + 0,8 °C sur le monde depuis 100 ans, mais elle est de + 1,5 à 1,6 °C en France (en Europe de manière générale) depuis 100 ans.

Ce qui est plus alarmant c’est que 80% de cette élévation de température moyenne est survenue depuis 30 ans.

L’accélération de cette élévation n’est constatée sur le monde entier que depuis 30 ans, auparavant  l’accélération  rapide n’était notée que sur les USA et l’Europe.

Quand on regarde les courbes d’évolution de température moyenne, les années 80, 90 et 2000 deviennent des anomalies par rapport aux années d’avant.

Les évolutions climatiques ne sont pas nouvelles.

Sur de grandes périodes les espèces peuvent évoluer et s’adapter. Mais actuellement l’évolution se fait très vite, trop vite.

 

Si on prend toutes les données climatiques, depuis 10 ans la connaissance des causes du changement climatique n’a pas beaucoup changée, mais elle a gagné en  précision.

En particulier si l’on n’intègre pas l’homme, on n’arrive pas à expliquer ce que l’on constate, alors que si on ajoute le CO2 on retrouve par le calcul ce que l’on constate.

Le CO2 est une expression des causes déclenchées par l’homme.

L’homme n’est pas seul responsable mais il est facteur prépondérant et aggravant des autres. L’homme apparaît désormais environnementalement comme un « libérateur de carbone ».

 

Réchauffement climatique et océans :

Les océans absorbent la moitié du CO2 (¼ du CO2 l’est par la moitié australe). Or plus les océans se réchauffent moins ils peuvent absorber de CO2.

la croûte glaciaire réfléchit la chaleur solaire et garde le froid des océans, l’eau froide descend en profondeur dans les océans, puis fait le tour de la terre et revient à son point de départ réchauffée, se refroidit encore, etc..

Les courants froids et profonds sont riches en matière nutritive qui permet le développement du plancton et donc des poissons qui le mangent, puis des dauphins qui mangent les poissons, etc…

Quand les océans se réchauffent ce cycle n’a plus lieu et les poissons se nourrissent moins bien etc..

En dehors des océans les forêts contribuent beaucoup à l’élimination de GES or la déforestation détruit 14 millions d’ha /an de ces forêts indispensables.

 

Quelles sont les causes du réchauffement ?

Le CO2 est le principal des gaz à effet de serre (GES)

L’accroissement s’est accru par un développement industriel mal maîtrisé.

Aujourd’hui la ½ des émissions de GES vient de la consommation énergétique.

 

 

Le réchauffement et ses conséquences en France :

Il existe des outils de mesure très précis pour mesurer l’élévation de la température moyenne.

En France pour des raisons économiques et d’amélioration de la qualité, l’étude du vin et de la vigne sont très suivis (avec l’indice de Huglin). Ce suivi montre que le climat est passé de « tempéré » à « tempéré chaud » depuis 1975.

 

L’évolution de la végétation et des insectes est un très bon indicateur. 1° C supplémentaire entraîne une remontée de 180 kms vers le nord de la végétation et de 150 m en altitude.

Le châtaigner espèce prépondérante du Centre et de l’Ouest de la France est remplacé peu à peu par le pin maritime.

Les insectes remontent vers le nord : la processionnaire du pin, méditerranéenne, est remontée à Orléans il y a 1 an, et apparaît au sud de l’Essonne maintenant.

 

Les précipitations ont diminué de 15% sur le bassin méditerranéen et ont augmenté de 15% sur le nord de l’Europe. Le réchauffement n’amène pas forcément du temps plus sec tout le temps, mais plutôt des évolutions dans les précipitations qui surviennent à d’autres périodes et de façon différente plus importante dans un temps plus court. D’où l’accroissement des risques de crue et d’inondations.

Il ne reste que 20 km² de glaciers dans les Pyrénées, et depuis 30-40 ans ils reculent partout dans le monde (ceux du Kilimandjaro pourtant entre 5.000  et 5.890 m. ont diminué de ½). De ce fait, on note une réduction des flux d’eau qui en venaient.

 

Que peut-on faire ?

D’abord ne rien faire coûte cher : ne pas tenir compte du réchauffement climatique c’est diminuer le PIB de 20%.

Il faut donc réviser la logique de consommation et de production.

Il faudra du temps également pour obtenir des résultats : si dès aujourd’hui on arrête d’augmenter totalement les rejets de CO2 il faudra 3 à 400 ans pour un retour à l’équilibre.

 

Les principaux moyens de lutter contre le réchauffement sont :

Produire et consommer local afin de réduire les déplacements très générateurs de GES, économiser l’eau, trier les déchets, préférer les transports en commun au lieu des transports individuels, développer les circulations douces autant que possible, développer les énergies renouvelables.

 

Or à l’époque où les réserves d’énergie fossile indispensables aux transports s’épuisent, leur coût va continuer de s’accroître, et donc augmenter celui des denrées alimentaires qui viennent de loin.

Ceci donne une 2ème raison pour produire et consommer local.

 

Notre avenir passe par notre agriculture :

Or celle-ci est sous la pression de l’urbanisation et  de demandes contradictoires : produire plus, avec moins de pesticides, en consommant moins d’énergie.

La précarité énergétique, et la fragmentation des écosystèmes nécessite de protéger toutes nos terres agricoles. Or celles-ci sont la pression de l’urbanisation (on appelle cela « l’artificialisation des sols », c’est-à-dire la transformation de sol naturel en sol construit plus imperméable).

L’Europe manque de terres agricoles 35 millions d’ha actuellement (il en manquait 26 millions d’ha en 90) et 30% des sols fertiles sont perdus.

L’agriculture avec beaucoup de pesticide aura des difficultés dans les années à venir car il faut 2 tonnes de pétrole pour faire 1 tonne de pesticide. Le pétrole se tarissant d’ici 50 ans…

De même l’agriculture extensive fortement mécanisée.

 

Le bio a donc son intérêt également dans une perspective de développement durable, à condition qu’il ne vienne pas de l’autre bout du monde en avion.

Il faut donc protéger les terres agricoles et la qualité des sols également.

 

A Jouy en Josas produire et consommer local revêt un aspect important car cela veut dire protéger les zones agricoles des Vallées et du Plateau de Saclay, en conserver la plus grande quantité, puis les aider à s’orienter  progressivement vers la vente en réponse aux besoins locaux.

 

Références complémentaires :

Quelle est l’origine des GES en France ?

Selon l’ Ademe, voici la répartition des différents secteurs en 2003:

  • transports : 26.8 % (+ 23 % depuis 1990
  • industrie manufacturière : 20 % (-22 % depuis 1990)
  • agriculture : 19.3% (-9 % depuis 1990)
  • bâtiment : 18,4 % (+14 % depuis 1990
  • industrie de l’énergie : 13 % (-10 % depuis 1990)
  • déchets : 2,5 % (-9 % depuis 1990)

Les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre sont par ordre décroissant : le transport, l’industrie manufacturière, l’agriculture/sylviculture, le bâtiment puis l’industrie de l’énergie. Sur les six secteurs quatre voient leur contribution diminuer par rapport à 1990 : l’industrie manufacturière, l’industrie de l’énergie, l’agriculture et les déchets. En revanche deux secteurs dont le poids en terme d’émission pèse de façon importante, ont considérablement augmenté leurs émissions depuis 1990, le secteur des transports et des bâtiments.

 

 

 

 

Quelle est la contribution des ménages français aux émissions de CO2 en 2002 ? 

Un ménage français émet aujourd’hui en moyenne 15,5 tonnes de CO2 par an.

La moitié de ces émissions sont directement le fait de ses usages privés de l’énergie (déplacements, chauffage et électricité spécifique des logements, consommation d’eau chaude sanitaire et cuisson). La part de la responsabilité des déplacements de personnes dans ces émissions « privées » est prépondérante avec 28% des émissions annuelles de CO2 du ménage et 54% des émissions « privées ». Dans les émissions privées, le chauffage du logement arrive en seconde position.

L’autre moitié de l’émission annuelle du ménage est liée à la fabrication et au transport des produits et services qu’il consomme.