septembre 23, 2013
Interview de Marc Dufumier

Marc Dufumier, ingénieur agronome, est professeur émérite à AgroParistech Photo : E. Robert-Espalieu
“Il faut produire moins mais davantage de bio”
Interview de l’agronome Marc Dufumier, auteur de « Famine au Sud, Malbouffe au Nord », à trois jours de l’ouverture du Salon de l’agriculture

Votre livre (Famine au Sud, Malbouffe au Nord, NiL éditions) évoque les problèmes des paysans du Sud et des agriculteurs français. En quoi sont-ils liés ?
Sur le marché mondial se côtoient des aliments produits par des agriculteurs du Sud qui travaillent avec des outils manuels ou attelés et des agriculteurs qui sont équipés de tracteurs. Ils se vendent au même prix, alors que dans un sac de riz américain ou européen, il y a deux cent fois moins de travail que dans un riz sénégalais. Comment le paysan du Sud, contraint à accepter un prix deux cents fois inférieur, peut-il nourrir sa famille, investir, avoir un animal ? Pis, l’agriculture, chez nous, est subventionnée, alors que, dans le Sud, elle doit financer l’industrie. Cette mise en concurrence inégale est à l’origine des migrations vers la ville et à l’international.
Quelles sont les solutions ?
Il faut que des gouvernements du Sud, courageux, mettent des droits de douane conséquents aux importations de produits agricoles et que de notre côté, nous réorganisions nos agricultures pour produire moins de tout-venant – céréales, sucre, poulets bas de gamme…– et davantage de produits artisanaux, bio, de qualité qu’on pourrait vendre plus cher. Il y a en France beaucoup d’agriculteurs en difficulté. En 2009, quand les producteurs de lait ont fait grève, c’était à cause de la surproduction.
Les consommateurs devront-ils payer plus cher ?
Malheureusement oui, car cette agriculture est plus exigeante en emplois et mieux rémunérée. Mais le prix peut baisser car, aujourd’hui, les circuits de collecte bio sont trop dispersés et le volume de production n’est pas suffisant. Malgré la baisse de pouvoir d’achat, chaque année, la France importe 10% de bio en plus. Les aides de la politique agricole commune (PAC)
européenne, qui vont être redéfinies en 2014, représentent 9,5 milliards d’euros par an en France. Ces subventions pourraient être réorientées pour développer le bio dans la restauration collective, ce qui assurerait tout de suite un grand marché.
Vous critiquez les excès de la mécanisation, de la révolution verte, des OGM. Faut-il revenir à un modèle traditionnel ?
Pas du tout ! Il faut retrouver dans le passé des variétés rustiques qu’on est en train de perdre, quelques savoir-faire comme l’assolement, la rotation des cultures… Mais l’agriculture biologique de demain sera savante et moderne. Par exemple, dans l’ouest de la France, on lutte contre la pyrale du maïs avec des trichogrammes, de microguêpes qui neutralisent les ravages de ces chenilles. C’est une recherche ultramoderne qui a été brevetée et qui donne les mêmes résultats que le maïs BT génétiquement modifié.
L’environnement reste-t-il une priorité pour l’agriculture ?
Le Président a eu une phrase très malheureuse quand il a dit : “L’environnement, ça commence à bien faire”. En situation de crise, ces thèmes préoccupent moins le public, mais s’il n’en reste qu’un, c’est celui de l’alimentation et de la santé. Les idées avancent. Par exemple, l’Institut national de la recherche agronomique vient de créer un département d’agroécologie : on comprend que l’outil de travail, ce n’est pas un animal ou une parcelle mais un écosystème. Mais dans la pratique, ça ne progresse pas, car beaucoup d’agriculteurs ont investi dans de l’équipement, des intrants chimiques, et ne peuvent pas en sortir car ils sont endettés. C’est une question de politique : est- ce qu’on veut subventionner des algues vertes ou des produits de terroir ?
http://www.metrofrance.com/info/il-faut-produire-moins-mais-davantage-de-bio